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L’enfant terrible des lettres américaines s’est éteint à New York samedi 10 novembre 2007 à l’âge de 84 ans. Il laisse une œuvre fleuve, charriant dans ses eaux tumultueuses sa rage éternelle contre les travers de l’Amérique, l’ordre établi et la bien-pensance.

Personnage hors norme, insatiable, vorace, subversif, Norman Mailer eut mille vies en une. Il connut la guerre, l’hôpital psychiatrique, la prison, la gloire, les controverses. Il fut écrivain, journaliste, pamphlétaire, scénariste, acteur, grand amateur de boxe et même candidat à la mairie de New York en 1969. On lui compte deux prix Pulitzer, six femmes et neuf enfants.
Né en 1923, issu d’une famille juive middle class, élevé à Brooklyn, il fit des études d’ingénieur à Harvard, pendant lesquelles il s’éprend des textes d’Hemingway, Dos Passos et Steinbeck. Après Pearl Harbour et l’entrée des États-Unis dans la Seconde Guerre mondiale, il part sur le front Pacifique. Cette expérience inspire son premier roman Les nus et les morts, qui lui valut un succès immédiat à sa publication en 1948.
Dès lors, et au fil d’un nombre impressionnant d’écrits de tout genre – articles, portraits, récits, romans, biographies, pamphlets –, Norman Mailer devint une figure titanesque de la vie publique, des lettres et du journalisme. Il fut aussi l’un des fondateurs de l’hebdomadaire Village Voice. Nombre de ses œuvres questionnent sans relâche les thèmes de l’engagement politique, de la violence et du mal. Dans Un rêve américain, il transpose l’agression au couteau d’une de ses épouses, acte qui lui valut un séjour en prison, dans un roman halluciné qui brocarde le miroir aux alouettes de la société américaine. Pourquoi sommes-nous au Vietnam ? en 1967 et Pourquoi sommes-nous en guerre ? en 2003 comptent parmi ses écrits qui firent le plus scandale. Biographe et conteur de talent, brouilleur de pistes, il est celui qui commit les Mémoires imaginaires de Marilyn. Il s’est aussi attaché à des figures d’ombre telles l’assassin de Kennedy avec Oswald, un mystère américain, et tout récemment Hitler dans Un château en forêt, imaginant les premières années de la vie du Furher sous l’œil du diable.
D’un bord à l’autre de son existence, et jusqu’aux dérives de la politique de l’administration Bush, il n’eut cesse de passer l’actualité et la société au crible de son regard bleu glacier, intransigeant, féroce et par bien des aspects prophétique. I