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Traçabilité, images satellites, marquage, empreintes génétiques, biométrie, vidéosurveillance : depuis quelques années, l’obsession sécuritaire, qu’il s’agisse du rôti du dimanche ou de la lutte antiterroriste, semble influencer tout notre mode de vie. Mais si elle gagne manifestement du terrain, elle est loin d’être nouvelle ! Il suffit de plonger brièvement dans les simples romans historiques pour se rendre compte que tout ce qui est figé dans le pouvoir s’est toujours et partout méfié de ce qui bouge dans la vraie vie, qu’il s’agisse de pèlerins, de vagabonds, d’épidémie, de Compagnons ou de bateau pirate. Ce n’est pas un hasard si le Petit Poucet et le Yéti, ces mythiques pourvoyeurs de traces, occupent une si grande place dans l’imaginaire collectif…
« Savoir qui fait quoi et où » a souvent entraîné, et entraînera encore, de lourds dérapages, tout en rendant de grands services. Mais, plus que ce double emploi, c’est curieusement la réputation futuriste des technologies développées en ce sens qui frappe, en dépit de leur âge : trace [bien sûr…] de l’impact psychologique qu’elles ont eu à leurs débuts. Le radar, par exemple, qui flirte avec les bombardiers et les conducteurs négligents tandis que ses prouesses secondent opérations de sauvetage ou de protection, est un papy qui fête cette année ses quatre-vingt printemps ! Les premiers rapports sur l’utilisation de l’écho des ondes électromagnétiques pour situer un objet mobile selon sa position et sa distance, rendu efficace avec la maîtrise des ondes très courtes, date en effet de 1930, et on ne sera pas étonné d’apprendre qu’ils émanent du Laboratoire naval des États-Unis, qui sanctionna ces études d’une phrase lapidaire : « Recherchez comment cela pourrait permettre de détecter les bateaux ou avions ennemis ! » Mais ce qui allait devenir le radar [Radio Detection And Ranging, détection et distance par radio] se bricolait en fait en France, où les ingénieurs de la Compagnie générale de Télégraphie sans fil déposaient dès 1934 le premier brevet de ce qui, pour eux, devait servir à renforcer les opérations de sauvetage en mer. Pas la même mentalité… mais la Seconde Guerre mondiale allait en décider autrement, et six semaines avant l’armistice de 1940 le directeur de la TSF s’en allait planquer in extremis chez ses homologues britanniques son magnéton à segments résonnants et cathodes à oxyde – on comprend pourquoi c’est le mot radar qui l’a emporté ! La suite, littéralement, appartient à l’Histoire, puisque les nazis ne concurrencèrent jamais le formidable engin.
Les Américains, dans leur coin, pensaient déjà plus loin. Willard Libby, un chercheur de Berkeley passionné de radioactivité, était déjà au travail depuis plus de dix ans lorsqu’à l’entrée en guerre des États-Unis il rejoignit le Projet Manhattan, dont la finalité fut le largage de bombes atomiques sur le Japon. Au cours de ses recherches, il avait croisé un élément tout juste découvert en février 1940, le carbone 14, et en se basant sur le phénomène de sa production naturelle [les neutrons interagissent avec l’azote de l’atmosphère] échafaudé une audacieuse théorie sur sa capacité de traceur biologique – mais bon, Hiroshima d’abord… Le véritable travail sur l’utilisation carbone 14 ne débute qu’en 1945, mais deux ans seulement plus tard Libby est en mesure d’annoncer aux archéologues, géologues et autres météorologues que son équipe a mis au point un outil imparable de datation des matières organiques par le carbone 14 ! Et d’en faire la démonstration par l’analyse de particules de bois provenant d’un site égyptien dont les historiens connaissent l’âge précis par d’autres biais : exact, à quelques poussières près.
Aujourd’hui « âgé » de 65 ans, le carbone 14, qui compte à son palmarès aussi bien la datation fiable de sites ou éléments majeurs que la dénonciation de quelques erreurs crasses ou même de canulars, est loin de prendre sa retraite ! Impuissant à dater les éléments non organiques, ce qui doit bien faire pester l’historien genevois Henri Stierlin dénonçant le buste archi-faux de Néfertiti conservé à Berlin – pur calcaire, rien à faire – mais redoutable pour le reste, il se joint maintenant aux méthodes médico-policières pointue de l’analyse génétique [en fait une vielle théorie qui remonte au regretté Gregor Mendel, en 1865 !] pour organiser dans le temps le patrimoine de notre humanité. Car, contrairement aux stratèges et aux politiques, les savants et les intellectuels, et avec eux tous ceux qui ne cherchent pas mais se délectent des trouvailles d’autrui, se passionnent pour ce qui ne bouge pas, ou plus ! Et le trésor accumulé dans les limons du Rhône n’ont pas échappé aux pacifiques sonars des archéologues sous-marins, dont la « pêche » constitue actuellement en Arles une fantastique exposition, César, le Rhône pour mémoire. Il y a quelques semaines à peine, les spécialistes en divers domaines levaient le voile sur le résultat de deux ans d’enquête, ajoutant de nouveaux détails à l’extraordinaire destinée de Toutankhamon, « Image vivante d’Amon », arraché au repos éternel en 1922 par Howard Carter. Le carbone 14, associé à des données historiographiques, a donc fixé sa mort à 1324 avant notre ère, la radiographie a établi son âge osseux à 19 ans, la biologie a dénoncé les facteurs pathologiques de sa disparition – maladie de Kohler et paludisme, tant pis pour les amateurs d’empoisonnement crapuleux – et la génétique a mené, pour lui comme pour n’importe quel citoyen, une recherche en paternité. Verdict : c’est bien Akhénaton qui a fait le coup ! Akhénaton, ce drôle de pharaon efféminé et monothéiste, mais pas – quoi qu’ait affirmé avec aplomb la une d’un quotidien romand – Néfertiti, « la Beauté venue sur Terre » : son étrange époux avait, pour une raison ou l’autre, fauté avec KV35YL, une momie anonyme dont les analyses ADN ont confirmé, néanmoins, qu’elle était… une sœur d’Akhénaton ! Union incestueuse parfaitement admise dans les familles royales, par essence divines, mais fort coupable aux yeux de l’hérédité, car comme d’autres membres de sa famille – et ses propres enfants, mort-nés, dont les minuscules momies sont enterrées près de lui – le jeune Toutankhamon issu d’un mariage consanguin en portait les tristes tares physiologiques. La mystérieuse Néfertiti, elle, n’a jamais été retrouvée.
Comme nombre d’enfants tristes à travers les contes de tous les temps et de toutes les cultures, le petit roi d’or et de lapis lazuli, l’un des héros les plus célèbres du monde, ne sait donc toujours pas qui est sa maman… I
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Laurent Bavay, Laetitia Gallet, Pierre Tallet, Editions de la Martinière, Relié, 2003, 181 pages
Prix : CHF 35.40
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Jean-Paul Demoule, François Giligny, Anne Lehoërff, Alain Schnapp, Editions La Découverte, Grands Repères, Broché, 2009, 330 pages
Prix : CHF 36.50
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 3) |
Alain Bron, Hachette Pratique, Broché, 2008, 95 pages
Prix : CHF 10.00
Disponibilité: Ouvrage indisponible
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