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Chaque rentrée littéraire, les maisons d’édition annoncent fièrement le nombre de manuscrits qu’elles publieront. Mais qu’entendent-elles exactement par là ?

Lancement de la saison littéraire, magnifique présentation des parutions à venir, dossiers de presse alléchants, envies de lecture « tout de suite », déjeuner en compagnie d’éditeurs, conversation à bâton rompu… Et au détour de la conversation, une question anodine : « Est-ce que vous recevez beaucoup de manuscrits ? » Les professionnels présents, tous représentants ou directeurs de grandes maisons d’édition, entonnent un élégant lamento : « Des tas ! On peine à suivre » dit l’un. « Tout le temps, j’ai des collaboratrices qui ne font que trier les arrivages » renchérit l’autre. Et tous de tomber d’accord au point d’orgue : « De tout cela, environ un dixième seulement mérite d’être lu, et de là un dixième d’être édité. Et, si on a de la chance, parfois un coup de foudre ! » Mais : « C’est fou ce qu’on perd de temps avec les textes qui n’en valent pas la peine ».
Mais ce n’était pas tout à fait la question : « Et des vrais manuscrits ? » L’enthousiasme renaît : « Mais oui, bien sûr ! C’est d’ailleurs étonnant, à l’ère du virtuel, comme on reçoit encore du papier ! » Et, dans l’ensemble, la tablée tombe d’accord pour dire qu’elle accorde un préavis favorable au brouillon tangible qui s’assume en noir sur blanc sur de véritables pages : si c’est le signe d’une grave inadéquation avec la technique, c’est aussi celui d’un attachement au livre et à l’écrit comme marqueurs symboliques de culture. Mieux : certaines maisons refusent même toute autre sorte de présentation ! On laisse flotter l’idée – rien d’explicite – qu’il est aussi plus simple, donc rentable, de parcourir en croix un tas de feuilles plus ou moins agrafées que de sauter d’une page à l’autre sur un écran. L’un de ces messieurs sourit : « J’ai même eu des disquettes récemment, impossible de retrouver un ordi qui voulait bien les lire… »
Manuscrit vient du latin manu, par la main, et scriptus, écrit : difficile de trouver un mot au sens plus clair. Ce n’est pourtant qu’en troisième instance que ces passeurs de littérature et de savoir le regardent en face : « Mais des vrais manuscrits-écrits-à-la-main ? » « Bon, on appelle improprement manuscrit ce qui est en réalité écrit à l’ordinateur… » lance l’un. « Ou même à la machine, cela m’est arrivé ! » encourage l’autre. « Mais tapuscrit, c’est tellement moche ! » résume un troisième (exact !) « Alors des textes calligraphiés, vous n’en recevez plus jamais ? » « Si, si, quelques fois… »
Et ? Silence. « Vous les lisez ? » (vu que c’est fait pour, quand même.) La banquise éditoriale fond d’un bloc : « Ah ça non alors ! Directement à la poubelle ! » « Si déjà on doit lire des inepties, au moins qu’on n’ait pas besoin de les décrypter ! » Euh, si on met directement à la poubelle, comment savoir si c’est inepte ? Toute écriture d’ailleurs n’est pas illisible, au contraire… N’y a-t-il pas un charme particulier à imaginer un auteur écrivant soigneusement, à l’ancienne, raturant le moins possible en recopiant son brouillon, consignant la quintessence de son talent – quel qu’il soit – à l’encre dans un cahier ? « Non. Et avec toutes nullités que nous recevons déjà en imprimé, de toute façon ça ne laisse pas le temps ». Donc, en gardant son temps pour les nullités imprimées et en jetant directement les véritables manuscrits, on risque de passer à côté d’un chef-d’œuvre… « Pas de risque ! Quelqu’un qui écrit à la main est forcément à côté de la plaque, nous n’avons pas de temps à perdre avec ce genre d’hurluberlus ! » Hurluberlus ? Merci pour Rousseau, Hugo, Maupassant, Proust ou Mauriac, qu’on a édités en lisant tranquillement leur écriture au lieu de les passer à la poubelle !
C’est avec ce genre de controverse qu’on grossit. Car les éditeurs un peu pincés s’esbignèrent dès le café avalé, laissant sur la table un tas de mignardises délicieuses qui méritaient un soigneux décryptage… C’est un gros mot, manuscrit ? I
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William Noel, Reviel Netz, Jean-Claude Lattès, Broché, 2008
Prix : CHF 38.20
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 2) |
Aurèle Crasson, Pierre-Marc de Biasi, Almuth Grésillon, Irène Fenoglio, Editions Academia, Au coeur des textes, Broché, 2008, 313 pages
Prix : CHF 73.30
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 3) |
Guillaume Lebeau, Editions du Toucan, Broché, 2008, 358 pages
Prix : CHF 34.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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