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Claude B. Levenson, spécialiste de l’histoire et de la culture tibétaines et hôte le 28 avril d’un Grand Débat organisé par Payot Libraire et 24 Heures à Lausanne, secoue l’opinion en parlant du Tibet qui lui tient à cœur.

Au milieu des remous pré-olympiques et des tensions diplomatiques, Claude B. Levenson garde se sérénité, mais n’en parle pas moins sévèrement. Journaliste, traductrice du Dalaï Lama depuis trente ans et spécialiste de l’histoire et de la culture tibétaines, elle a signé de nombreux ouvrages sur le sujet. Le dernier, Tibet, la question qui dérange, fait la synthèse de la situation historique et politique du Tibet, avant d’apostropher les pays occidentaux ou émergeants, confrontant les déclarations d’intentions et les compromissions politiques et économiques face à la Chine… Claude B. Levenson y énumère les problèmes soulevés par la crise actuelle, de indifférence ou l’impuissance de la communauté internationale aux violations des Droits de l’Homme et à la destruction de civilisation, en passant par la pollution et l’exploitation anarchique des ressources. Dérangeante, sa question incite à une nécessaire réflexion : « Et si le Tibet était une métaphore de notre liberté, de nos libertés ? »
. Interview : Questions à…
Pour permettre un peu de recul et mieux comprendre l’émotion suscitée par les violences actuellement en cours au Tibet, Claude B. Levenson répond à quelques questions autour du Grand Débat de Lausanne.
- Pourquoi le Tibet n’a-t-il jamais été reconnu, alors qu’on vient de vivre l’exemple du Kosovo?
- Des raisons historiques l’expliquent au premier chef : le rôle de la Grande-Bretagne du temps du Raj britannique en Inde, puis le manque de clairvoyance de Nehru et son rêve d'une « fraternité » illusoire avec la Chine de Mao ; l'aveuglement de la plupart des pays face à l'invasion militaire chinoise du Tibet en 1950, alors que le monde avait le regard tourné vers la guerre de Corée, aux enjeux plus clairs. Le long isolement du Tibet, en raison entre autres de son inaccessibilité, sa situation privilégiée de « toit du monde », ont fini par se retourner contre lui à l'heure d'un développement technologique accéléré. Ce n'est pas faute d'avoir essayé, mais le Tibet a joué de malchance : en 1947-1948, son gouvernement a tenté d'établir des relations plus claires avec les pays occidentaux qui, dans la confusion de l'après-guerre, ne savaient pas très bien sur quel pied danser par rapport à la Chine.
- Que faut-il savoir de l’aspect économique pour comprendre les enjeux ?
- En premier lieu que le Tibet est le château d'eau de l'Asie : près de la moitié de la population du globe, avec l’Inde et la Chine, dépend de l'eau himalayenne... La majeure partie des fleuves qui arrosent le continent y prennent en effet leur source, ce qui représente aussi une réserve énergétique importante. En outre, le Tibet est riche de ressources naturelles : le bois [largement exploité par la Chine, d’où une déforestation massive dont les conséquences sont des inondations récurrentes, en Chine même], la plus grande réserve d'uranium du monde, le tungstène, l’or et l’argent, le zinc et le cuivre, le pétrole : ces richesses servent désormais à alimenter la croissance chinoise. Ne pas oublier non plus l'espace vital, capital pour un pays à la démographie galopante en dépit des mesures officielles, ni la position stratégique du Tibet : le dominer, c'est dominer tout le continent asiatique.
- À part les manifestations récentes, comment les Tibétains se débrouillent-ils pour entretenir « l’ébullition » au sujet de leur situation ?
- Ils n'entretiennent pas d’ « ébullition », mais font vaillamment face, en faisant tout ce qui leur est possible afin de préserver leur héritage, leur civilisation et leur altérité - trois dimensions qui sont en péril sur leur sol ancestral. C'est donc en exil que la culture tibétaine survit, brillamment parfois, dans la mesure où elle est devenue pour certains un mode de vie et une approche du monde leur permettant d'affronter les défis de notre époque. Leur combat non-violent, dû en particulier à leur tradition bouddhiste, leur a donné une place à part dans les revendications identitaires qui se multiplient. Jusqu'à preuve du contraire, les Tibétains n'ont pas commis d'attentats, ni détourné des avions ou pris des otages pour faire avancer leur cause : c'est peut-être pour cela qu'un réseau de solidarité et de défense a pris une telle ampleur dans le monde.
- Comment voyez-vous la fin de l’épisode actuel ? Et comment se fait-il que la Chine, qui apprend vite, le gère d’une manière archaïque ?
- Probablement parce que ses dirigeants sont engoncés dans une rhétorique qui doit autant à la rigidité communiste qu'à l'héritage impérial, et leur fait croire à la supériorité de leur manière de voir le monde. La propagande fait le reste : c'est un moyen aussi de se persuader qu'on a raison... Mais ce n'est, malheureusement, qu'un épisode, et le régime dictatorial chinois n'hésitera pas à utiliser tous les moyens, y compris arrestations illégales, torture, répression des civils, disparitions et bourrage de crâne, pour tenter de faire passer aux Tibétains leurs aspirations légitimes au respect de leurs droits, notamment à l'autodétermination et à la liberté.
- Comment analysez-vous l’attitude du Dalaï-Lama ?
- Il ne faut pas oublier que le Dalaï-Lama est avant tout, viscéralement, un moine, et que ses engagements spirituels forment la base de sa manière d'appréhender le monde et les rapports entre individus ou nations. Son expérience de réfugié lui a beaucoup servi, me disait-il un jour, pour voir le monde tel qu'il est, et non comme il serait souhaitable qu'il fût. Son attachement à la non-violence prend évidemment sa source dans sa conception du monde, mais l’exil lui a permis de prendre la mesure des règles de la démocratie et de leurs effets, ce qui conforte sa position d'en appeler à la responsabilité universelle. Ce qui lui fait dire aussi que chacun est responsable de ses actes, et que par conséquent, il ne lui est pas possible de dicter leur conduite aux Tibétains. D'autre part, conscient de l'injustice flagrante faite à son peuple, il ne peut exiger qu'il renonce à son droit fondamental à l'existence... |
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Gianni Baldizzone, Claude Levenson, Tiziana Baldizzone, Editions Phébus, Beau Livre, 2007, 155 pages
Prix : CHF 62.10
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Phurbu Dolma, Pippa Editions, Itinérances, Broché, 2007, 96 pages
Prix : CHF 23.10
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 3) |
Matthieu Ricard, Editions de la Martinière, Beau Livre, 2006, 230 pages
Prix : CHF 61.40
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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Heinrich Harrer, Arthaud, Broché, 2008, 290 pages
Prix : CHF 35.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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Claude Levenson, Editions Philippe Picquier, Picquier poche, Poche, 2006, 285 pages
Prix : CHF 12.00
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