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Le terrifiant tremblement de terre qui a ravagé Haïti souligne la disparité avec Saint-Domingue, l’autre moitié de la deuxième plus grande des Antilles.

Hispaniola, La « Petite Espagne ». Lorsque Christophe Colomb y débarque, le 6 décembre 1492, l’île [qu’il pense appartenir à l’archipel du Japon !] est si plaisante qu’elle évoque pour le navigateur la riche Castille : il griffonne « la ispaniola » sur sa carte. Mais les indigènes lui indiquent qu’ils l’appellent pour leur part Aiyti, « le pays montagneux »... Suivant les époques et les textes, le nom ancien d’Haïti et celui de Saint-Domingue, deux républiques indépendantes aujourd’hui clairement distinctes, se mêlent et s’échangent selon qu’il s’agit de géographie, de politique, de voyage, de culture, au point qu’il est parfois difficile de savoir quelle entité recouvre exactement ces noms dans les documents anciens !
Là où Colomb ne vit qu’une seule île, bientôt colonie espagnole servant de « camp de base » pour la conquête de l’Amérique Latine, l’Histoire allait pourtant forger deux destinées bien différentes, ce que le tremblement de terre de janvier 2010 lui-même semble avoir reconnu puisque Saint-Domingue, à l’est, est intacte alors que Haïti, à l’ouest, est ravagée… C’est cette partie occidentale, dont les réserves d’or et l’agriculture s’épuisèrent rapidement, que les colons espagnols abandonnèrent dès 1530, laissant de facto la place libre aux flibustiers anglais et surtout français, auxquels il ne fallut qu’une centaine d’années pour grignoter un tiers de l’île à la barbe du roi d’Espagne. Ce dernier se résigne à céder officiellement Haïti à Louis xiv en 1697, ainsi que Saint-Domingue un siècle plus tard. L’île, répertoriée comme Saint-Domingue, est alors une colonie opulente : sucre, café, commerce d’esclaves florissant en font un eldorado pour les « Grands Blancs », familles françaises puissantes qui y règnent en despotes, et même pour les « Petits Blancs », fonctionnaires, soldats ou immigrés économiques de la métropole. Mais leur réputation est exécrable, et la révolte gronde… Le refus des colons français d’appliquer sur l’île l’abolition de l’esclavage décrétée par la Convention en 1794, et, plus inconsidérément, de reconnaître les droits des créoles et des métisses, mettra le feu aux poudres d’une révolte dont Toussaint Bréda, dit « L’Ouverture » sera la figure emblématique, et que même l’expédition dépêchée par Bonaparte ne parviendra pas à mater. Le soulèvement, en quinze ans, fera deux cent mille morts avant d’aboutir, en 1804, à l’instauration de la République d’Haïti : pour la première fois dans l’Histoire une révolte d’esclaves l’emportait sur les maîtres, des colonisés acquéraient par la force leur indépendance, une armée non occidentale se défaisait de troupes européennes, et des Noirs créaient une République libre !
Par soubresauts, le sort de Saint-Domingue en tant qu’État va alors se dissocier peu à peu de celui de la République d’Haïti, car les créoles hispaniques refusent de perdre tout lien avec leur lointaine [et oublieuse] patrie : en 1808, l’est de l’île se révolte contre son nouveau statut, bat l’armée haïtienne et retourne dans le giron de l’Espagne – qui n’en a cure. En 1821, emboîtant le pas aux colonies d’Amérique Latine qui réclament l’indépendance, il proclame la sienne en 1821. Erreur fatale, car Port-au-Prince pique la mouche et récupère brutalement la « Dominicanie » en friche : ce n’est qu’en 1844 que les Haïtiens admettront n’avoir rien en commun avec ces colons et métisses hispanophones, qui fondent enfin leur propre République. Une république typiquement bananière, avec dictateurs, coups d’État militaires, débandade économique et, finalement, « protectorat » américain de 1906 à 1924. Après l’ère de réforme des infrastructures viendront trente ans de dictature, Trujillo puis d’autres : les élections de 1978 seront les premières dignes de ce nom…
Alors que ces parcours longtemps communs puis vigoureusement séparés semblaient donner à Haïti une longueur d’avance vers la liberté et la prospérité, c’est pourtant le contraire qui s’est passé. Car la France de la Restauration, ulcérée d’avoir été battue par des « nègres », s’est vengée en sourdine : le prix de la reconnaissance diplomatique de la République haïtienne est fixé à 150 millions de francs-or, « rançon » colossale que le jeune État aura à cœur de payer pendant tout le XIXe siècle, toutes ses chances de créer des infrastructures et d’instaurer une industrialisation qui assurerait son avenir. Né dans la guérilla, Haïti traîne depuis une triste tradition d’oppression, de lutte armée entre factions, de misère incoercible et surtout de démission de l’État, tandis que les entrepreneurs étrangers détournent ses biens. En vingt ans de quasi-occupation [1915-1934], même les États-Unis n’ont rien pu stabiliser de ce pays en insurrection permanente, dont l’influence américaine surdimensionnée – Cuba est toute proche – et de sanglants dictateurs politiquement et économiquement incapables furent la plaie. Saint-Domingue, en revanche, sans jouir d’une répartition des pouvoirs et des revenus « à l’occidentale », bénéficie d’une politique d’investissements publics et internationaux relativement crédible, qui préserve certes les intérêts d’une oligarchie, mais les panache de soutiens adaptés dans certains domaines de croissance, dont le tourisme est le plus évident.
S’il fallait résumer tout cela d’une phrase, on pourrait caricaturer la situation en disant que les dirigeants dominicains, contrairement à leurs voisins haïtiens, ont un certain intérêt pour leur propre pays. Cela fait toute la différence, et explique pourquoi les gros-porteurs de l’aide humanitaire qui se bousculent aujourd’hui au-dessus de l’île martyre n’ont pas besoin de tour de contrôle pour savoir s’ils survolent Saint-Domingue, verdoyante et accueillante, ou Haïti, noircie et érodée par la déforestation… En 1747, le Dictionnaire géographique de l’abbé Ladvocat, bibliothécaire de la Sorbonne, indique qu’Hispaniola est la plus riche des Antilles. Même si l’une ou l’autre des institutions culturelles de Port-au-Prince possède un exemplaire de cet ouvrage, il est aujourd’hui probablement déchiqueté par les décombres, séquestré par un pilleur prévoyant ou simplement parti en fumée sous une maigre marmite. I
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Pierre Briens, Nicolas Saint-Cyr, Orphie, Album, 2003, 48 pages
Prix : CHF 23.00
Disponibilité: Ouvrage indisponible
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Emeric Bergeaud, Editions Zoé, Les classiques du monde, Broché, 2009, 253 pages
Prix : CHF 32.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 3) |
Jacques Hainard, Philippe Mathez, Olivier Schinz, Infolio, Tabou, Poche, 2008, 444 pages
Prix : CHF 16.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 4) |
Lyonel Trouillot, Actes Sud, Babel, Poche, 2007, 132 pages
Prix : CHF 10.40
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 5) |
Alain Foix, Editions Gallimard, Folio Biographies, Poche, 2007, 326 pages
Prix : CHF 14.70
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 6) |
Dany Laferrière, Grasset & Fasquelle, Broché, 2009, 301 pages
Prix : CHF 31.80
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 7) |
Michel Hector, Laënnec Hurbon, Maison Des Sciences De L'homme, Horizons américains, Broché, 2009, 365 pages
Prix : CHF 36.10
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 8) |
Laënnec Hurbon, Karthala, Monde caribéen, Broché, 2001
Prix : CHF 41.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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