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Vancouver 2010


Joëlle Brack
12 février 2010

C’est parti ! Les Jeux Olympiques d’hiver mettent en ébullition la Colombie-Britannique : la réussite de Vancouver 2010 fera-t-elle oublier les crispations entre populations ?


© CIO / Swiss Olympics

C’est tellement évident qu’on ne pense même plus à le mentionner : les Jeux Olympiques de Vancouver, comme n’importe quoi à Vancouver, en Colombie-Britannique, au Canada ou sur le continent nord-américain, sont implantés sur des terres occupées originalement par les Amérindiens, et qui leur ont été vaguement restituées par confettis territoriaux et procédures fantaisistes qui rendent la situation complexe, agaçante pour les colonisateurs et insatisfaisante pour ce qu’on appelle les Premières Nations.

Sur l’affiche officielle des JO,
un totem multicolore stylisé évoque les origines de la contrée, splendeur de la nature enchâssée entre le Pacifique et les Montagnes Rocheuses, le delta du fleuve Fraser et les forêts, dans une harmonie unique. Si les premières implantations semblent y dater de dix mille ans, les Musqueam, ce « peuple de l’herbe » toujours présent à Vancouver, a vécu plus de 3'000 ans dans le delta du fleuve, sur la partie continentale ; en face, isolés par un mince canal, les Salish ou les Kwakiutl occupent depuis des temps aussi immémoriaux les côtes de l’île gigantesque que le capitaine britannique Vancouver annexa à la couronne en 1792. Les comptoirs commerciaux, l’exploitation des forêts et des fourrures, l’industrie bientôt, puis la ruée vers l’or du Klondike dépossédèrent alors rapidement les autochtones de leurs terres. Et, dès 1881, la construction du Canadian Pacific Railway allait achever de bouleverser le paysage ethnologique de ce qui était devenu la Colombie-Britannique : venus « d’en face » [10'000 km], des milliers de travailleurs chinois furent exploités pour la dernière partie de cette impressionnante ligne transcontinentale mais, trop peu payés pour épargner le prix du retour, ils durent rester, créant là une communauté appelée à prospérer – la chinatown de Vancouver est presque aussi ancienne que la ville et à peine moins importante que celles de New York ou San Francisco ! Avec 17% de la population dans l’agglomération [récemment enrichie des émigrés tentés par une nouvelle vie après le retour de Hong-Kong à la République Populaire], les Chinois sont devenus en à peine plus d’un siècle aussi nombreux que les autochtones après plusieurs millénaires. Vexant…

Alors que leurs voisins américains sont au ban de l’opinion occidentale sur le sujet, les Canadiens passent cependant pour entretenir avec leurs autochtones des rapports adultes et pacifiés, basés sur la reconnaissance autant que sur la répartition territoriale. Vrai ? Pas faux, l’exemple de la création du Nunavut, dans le Grand Nord, en étant la preuve la plus spectaculaire. Plus quotidiennement, les réserves attribuées par la Couronne, l’accès des Amérindiens au mode de vie canadien ou au contraire la préservation de certaines coutumes, la mise en valeur des arts aborigènes n’est pas complètement limitée aux belles promesses. Plus « européen » dans la perception de ses racines, le jeune Canada est plus sensible à la notion de passé que les colons d’en-bas, et a fini par accepter de le prendre là où il est, auprès des Premières Nations. Aussi a-t-il semblé normal – ainsi qu’indispensable pour éviter les ennuis – d’intégrer certaines organisations autochtones dans l’organisation de Vancouver 2010, tant en termes d’emploi et de financements que pour la visibilité de l’art et de la culture amérindiens.

C’est la première fois que tel partenariat est instauré, et de nombreuses associations indiennes s’en montrent satisfaites. Mais, fragmentés en innombrables tribus ne comptant parfois que quelques centaines de personnes, les Premières Nations ne sont pas aussi homogènes que les Canadiens le pensent, et certains groupes se sont, eux, montrés d’emblée violemment hostiles à la tenue de JO sur des terres volées. Légalement en effet, d’après des lois datant de 1763, la Colombie-Britannique appartient toujours aux Indiens ! Mais les tractations olympiques entre la province et ces mouvements contestataires n’étant pas achevées, les autochtones ont été mis devant le fait accompli… Autoroute, bétonnage, destruction de forêts, mais aussi efforts massifs pour attirer les investisseurs vers les richesses minière, pétrolières ou gazières, ainsi que les promoteurs de tourisme blanc ou vert, inquiètent gravement certaines tribus, ou [car la répartition des pouvoirs est aussi subtile que perverse] fractions de tribus, qui partent dispersées dans cette course plus ou moins biaisée contre la mainmise étatique sur les territoires indiens. Les dieux de l’environnement parviendront-ils à préserver leur peuple, né selon la légende d’un œuf brisé par un corbeau porteur de lumière ?

Tandis que des dizaines de milliers de visiteurs se pressent vers Vancouver, et que la côte est des États-Unis est complètement ensevelie sous trois pieds de blanc, une noria d’hélicoptères et de camions, sous la flotte et les huées des écologistes, amènent la neige là où il faut, car les flocons rechignent à tomber comme prévu. Les organisateurs aux cheveux déjà bien arrachés ne sont pas loin d’imaginer une malédiction de sorcier Kwakwaka’wakw… Pas besoin pourtant de soupçonner une quelconque danse de la pluie si la météo reste indécemment clémente pour des jeux d’hiver : les statistiques officielles montrent que la température moyenne à Vancouver en février est de 4,8°, les précipitations de 113 millimètres et les chutes de neige de 9 centimètres, ce qui est plus tiède et bêtement trempé qu’à Genève. Quelqu’un aurait peut-être dû le faire remarquer – avant.

Et encore ...

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