www.Payot.ch
Panier
contient 0 article(s)
Votre liste contient 0 article(s)
contient 0 article(s)
AccueilNos livresNos autres produitsNos LibrairiesNotre Entreprise
Recherche simple Recherche avancée Recherche par thème
Français | English
Dossiers d'actualité
Imprimer cette pageRéduire le texteAgrandir le texte

La Somalie sous le sapin de Ban Ki-Moon


Joëlle Brack
04 janvier 2007

La Somalie, à genoux après l’anarchie entretenue par les chefs de guerres puis la dictature islamiste, vient de voir l’étau desserré par l’Éthiopie, sa vieille ennemie. Alors que le Sud-coréen Ban Ki-Moon prend ses fonctions Secrétaire général de l’ONU, la volonté, les capacités et les motifs inavoués de la communauté internationale ne sont pas de nature à rassurer les Somaliens sur leur proche avenir…


© Droits réservés
© Droits réservés

Des « talibans » somaliens qui décampent, des tanks éthiopiens reprenant Muqdisho pratiquement sans tirer, des cadavres pourtant qui jonchent les routes, et des réfugiés fuyant les combats : les images violentes de guérilla et de bombardements aériens ont déferlé de Somalie alors que le monde s’apprêtait à fêter Noël. C’était le bon moment pour choquer l’opinion publique, mais pas pour l’inciter à s’intéresser vraiment à un conflit endémique. Certes, les premiers signes du bouleversement qui vient d’aboutir au coup de force de l’armée éthiopienne, chassant celles de la fanatique Union des Tribunaux islamiques [UTI], remontent à plusieurs mois - mais c’était alors la période des vacances d’été…

Tragique terrain de jeux
Indépendante depuis 1960, après 120 ans de colonisation britannique et italienne, la Somalie n’a pratiquement jamais vécu en paix. Ce territoire plus grand que la France, islamisé - mais non arabisé - depuis plus de dix siècles et d’une remarquable cohérence ethnique [95% de Somalis pour 12 millions d’habitants], aurait pu tirer bon parti de ses affinités avec ses voisins, l’Éthiopie, Djibouti, le Kenya, le Yémen, dont elle partage la culture et en partie la langue, le somali : or c’est d’elle qu’est né l’isolement actuel du pays. D’une part il est le seul à avoir éliminé les langues coloniales au profit de son propre idiome [qui utilise l’alphabet latin], avec de graves conséquences sur le plan de l’accès à l’éducation et du développement, sans parler de clivages entre le Nord et le Sud portant des guerres de clans en germe. D’autre part, c’est sur l’existence hors des frontières du somali qu’il a fondé le mythe d’une « Grande Somalie » qui grignoterait les territoires voisins à minorités sœurs, projet désastreux qui n’a pas encouragé les bons voisinages. Chaque décennie depuis 1960, un conflit armé l’a ainsi opposée à l’Éthiopie, le plus grave concernant la province d’Ogaden en 1977. Il peut donc paraître étrange que ce soit justement ce voisin haï – et le seul à qui la communauté internationale avait interdit par résolution du Conseil de sécurité d’approcher ! - qui intervienne maintenant en sauveur. Mais c’est que, comme le Liban quelques centaines de kilomètres plus au sud, la Somalie est un enjeu géostratégique, exsangue après vingt ans de guerre civile, de sécheresses et de famines, que d’autres utilisent comme champs de bataille exterritorialisé pour régler leurs comptes.

Un pays sans État
Pour donner une idée de ce « pays sans État », il suffit de mentionner que son seul gouvernement légitime et reconnu sur le plan international, le Gouvernement fédéral transitoire [GFT], n’a simplement pas pu siéger à Muqdisho depuis sa désignation en 2004 : c’est de Nairobi, puis d’une bourgade du centre de la Somalie, Baidoa, qu’il « gouvernait », tandis que la capitale servait de base aux différents chefs de guerre attisant les conflits claniques tout en pillant et trafiquant, avec l’appui des États-Unis. Lesquels pâlirent lorsque, sur fond d’épuisement et d’anarchie, l’UTI n’eut pas trop de mal, au début de 2006, à conquérir à la fois le terrain et le soutien d’une population à bout de forces… Et qui fit alors la fête aux nouveaux maîtres ? L’Érythrée, pas plus islamiste que ça, mais en non-guerre précaire avec son ennemie héréditaire, la chrétienne Éthiopie, et ravie de la voir s’étrangler devant la nouvelle menace islamo-terroriste à ses frontières. Quant-à-soi diplomatique par devant, fourniture d’armes à l’UTI par derrière, et voilà comment on souffle sur les braises à distance pendant que ce sont les autres qui grillent… C’est donc pour réagir à la provocation et éviter de laisser pourrir le dossier qu’Addis-Abeba a graissé ses canons et farci ses bombardiers, bien plus que pour faire honte à l’inertie internationale – ou en tout cas pour faire d’une grenade deux coups, parce qu’en effet la vertueuse indignation qui, depuis le 20 décembre, sourd des réunions à visées pacifiantes n’a pas encore eu de conséquences perceptibles. Et pour cause[s].

Urgent de ne rien faire
Après une longue présence africaine à l’ONU, avec Boutros-Ghali et Annan, c’est le Sud-coréen Ban Ki-Moon, ancien ministre et diplomate émérite, qui vient de prendre officiellement ses fonctions. Aussi universellement apprécié qu’il soit, il a cependant admis n’avoir jamais mis le pied en Afrique avant sa campagne électorale ; d’autre part, le premier citoyen du monde n’oublie pas ses origines, et place le dossier nord-coréen en tête de ses priorités. L’Union africaine, dont la présidence tournante commence elle aussi avec l’année, sera pour 2007 sous la responsabilité du Soudanais Omar El-Bechir, dont on peut imaginer que les soucis de son propre pays et particulièrement du Darfour monopoliseront l’attention. L’IGASOM, mission de soutien de la paix de l’IGAD (Autorité intergouvernementale de développement, associant huit pays de la Corne de l’Afrique) est quant à elle administrée par le Kenya, jusque là allié fiable de la Somalie, mais qui vient de boucler ses frontières et renvoyer des milliers de réfugiés chassés par la guerre, craignant de donner asile aux islamistes de l’UTI, et par là d’importer la peste d’une potentielle extension du conflit. Les États-Unis, après avoir subtilement financé les « saigneurs » de guerre pour qu’ils barrent la route aux islamistes [et tant pis pour le prix, exorbitant en termes de violences, de ruine et d’anarchie], envoient maintenant des navires de guerre au large des côtes somaliennes pour repêcher les quelques fuyards suspectés de sympathie pour Al-Qaïda – mais pas les autres, qui continueront à périr dans leur misérable fuite en coquille de noix vers le Yémen. Enfin, l’Union européenne, qui regroupe les ex-colonisateurs de la région, au look très « Ponce Pilate », et l’Organisation de la conférence islamique [OCI], solidement basée à Djeddah, attendent pour se manifester que toutes les troupes étrangères quittent le territoire somalien, alors même que l’Éthiopie a « fait le sale boulot » (selon l’expression d’un diplomate africain au Conseil de sécurité) contre l’UTI ouvertement armée par…Djeddah. Seule la Ligue arabe, depuis 2001 dirigée par l’Égyptien Amr Moussa – son pays a soutenu et équipé le Gouvernement fédéral transitoire – se manifeste pour le moment avec quelque énergie en faveur d’un cessez-le-feu général, d’une force d’intervention régionale pacificatrice et de pourparlers de paix. Mais le secrétaire général de la Ligue a 70 ans, et l’opposition à Moubarak le sollicite beaucoup pour une candidature… Alors que s’étendent les risques d’ « irakisation » du conflit, avec ses miliciens islamistes bizarrement disparus du jour au lendemain [mais sans doute pas perdus pour tout le monde], sa population musulmane faisant finalement bloc contre un libérateur par ailleurs détesté, ses organisations humanitaires pliant bagage, la faible Somalie gangrenée par un demi-siècle de drames se retrouve une fois de plus seule, souffletée par le vent des belles paroles d’instances internationales totalement inopérantes.

Pour en...

9782724609479.gif
Béatrice Pouligny
Prix: CHF 38.60

9782912232564.gif
Philippe Lemarchand
Prix: CHF 23.30

...savoir plus
9782707147431.gif
Jean Sellier
Prix: CHF 62.40

9782035826589.gif
Bernard Nantet
Prix: CHF 36.80