|
| ||
L’assassinat peu discret d’un fournisseur d’armes du Hamas met Dubaï et les chancelleries en ébullition, tandis que les suppositions vont bon train.

26 à 0 : c’est le score de la rencontre qui a opposé, le 20 janvier dernier à Dubaï, une équipe non reconnue par sa fédération à un challenger isolé qui n’avait pour lui qu’un seul avantage : son passeport était bien le sien. Il l’avait même fait enregistrer à la réception du cinq étoiles où il était [si l’on ose dire] descendu : Mahmoud Al-Mabhouh, cinquante ans, ci-devant mécanicien gazaoui parce qu’il n’y a pas de sot métier, membre du Hamas parce qu’il n’y a pas suffisamment de travail à Gaza pour un mécanicien, leader des brigades Ezzedine al-Qassam de « protection » active du territoire palestinien, de ce fait ex-pensionnaire à traitement spécial des geôles israéliennes, et grand transporteur devant l’Éternel d’armes pas forcément personnelles. Un solide gaillard à moustache, qui avait établi ses pénates à Damas, terre d’élection des rosiers, des loukoums et des terroristes en disponibilité… Sa belle chambre d’hôtel design fut son tombeau, tandis que la caméra de surveillance du beau hall design dénonçait les coupables : une cascade d’agents secrets prétendument britanniques, français, irlandais ou australiens, facilement repérés par la police de l’Émirat pour y être entrés frauduleusement sous l’identité de véritables citoyens qui, au journal de 20 heures, découvrirent, apoplectiques, ce qu’on avait fait en leur nom. Le fait que six d’entre eux aient la double nationalité israélienne semblait désigner le coupable : le Mossad.
La disproportion entre les adversaires prédispose par essence à la sympathie pour le perdant. Et puis tout cela n’est manifestement que requins, eaux troubles et compagnie, alors au diable l’indignation ou la justice, voilà qui remplace agréablement les séries américaines. Parce que se mettre à deux douzaines [plus deux roues de secours] contre un seul, ce n’est déjà pas bien fin, mais se faire identifier en cinq sec’ par des flics en guêtres amidonnées ne fait qu’ajouter au pittoresque de la chose. Comment ont-ils monté leur coup, ces zigotos, pour croire qu’une telle usine à gaz allait passer inaperçue ? épilogue-t-on brièvement au comptoir. Au point où ils en étaient, pourquoi ne pas bidouiller de vrais faux passeports, au lieu de recycler les noms de baptême et signes particuliers de simples citoyens – qui ont intérêt à ne pas se laisser faire s’ils veulent reprendre un avion un jour ? Et puis cette façon d’étrangler et électrocuter avec un cordon de lampe de chevet, c’est signé ! Ça rappelle même quelque chose… bon sang mais c’est bien sûr ! Munich, le film de Spielberg sur la longue et pénible traque des responsables du massacre d’athlètes israéliens aux JO de 1972 ! Une sacrée opération, bien nommée « Colère de Dieu », pour laquelle cinq agents seulement s’étaient engagés, sur des années, et pour liquider de nombreuses cibles. Une tactique parfaite, assez discrète dans l’approche pour ne pas se faire pincer, assez claire dans la mise en œuvre pour qu’à l’ultime instant la victime ait une idée des raisons du voyage. Du travail de pros. Mais voilà, même dans les services secrets ça se perd, le goût du bel ouvrage…
Arguant assez bêtement qu’il n’y a pas de preuve que c’est le Mossad [encore heureux que personne n’ait perdu son badge sur la moquette], les autorités israéliennes se dédouanent en attendant que ça se tasse. Les habituels pro-palestiniens voient très bien à qui profite le crime ? Les habituels pro-sionistes rétorquent que c’est un coup monté par des amateurs [islamistes ou mafia du trafic d’armes] pour discréditer l’État hébreu, mais que la démesure farfelue du complot lève toute ambiguïté. Possible. Sauf que, malgré la gaffe des passeports falsifiés quasiment au Stabilo, les agents en cause ont bouclé leur tour en moins de vingt-quatre heures, repassant la frontière avant même que le crime soit découvert par le personnel d’étage, ce qui n’est pas si simple, surtout en troupeau. Et que les passeports maquillés n’étaient ni grecs ni turcs, mais furieusement occidentaux : quel pays, organisme ou réseau du monde arabe peut produire rapidement vingt-six gugus suffisamment pâlichons, roussâtres ou râleurs à faire passer pour de véritables Anglais, Irlandais ou Français ?
À Dubaï, on gigote comme des djinns dans un bénitier : une affaire pareille, ça n’arrive pas tous les jours, et ça tombe pile pour distraire de la crise. Mais dans les ministères européens scandalisés, l’indignation des diplomates retombe déjà : en clamant dès la première seconde que c’était un coup du Mossad garanti sur facture, Ahmadinejad leur a soufflé un beau rôle que personne n’a plus envie de partager avec lui.
| 1) |
Nima Zamar, Editions Albin Michel, Broché, 2003, 334 pages
Prix : CHF 34.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
| 2) |
Michel Warschawski, La Fabrique éditions, Broché, 2008, 76 pages
Prix : CHF 14.30
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
| 3) |
Isaac Ben-Israël, Editions de l'Eclat, Tiré à part, Broché, 2004, 236 pages
Prix : CHF 33.30
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
|
| 4) |
Barry Eisler, Pocket, Pocket thriller, Poche, 2008, 406 pages
Prix : CHF 14.30
Disponibilité: Ouvrage indisponible
|