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José Bové, un taulard pour l’Elysée


Joëlle Brack
14 février 2007

Alors que 62% des électeurs français trouvent la campagne présidentielle décevante et inintéressante, José Bové annonce officiellement sa candidature mais écope de quatre mois ferme pour moisson d’OGM. Astérix aurait apprécié !

©AFP
©AFP

Si les chiffres veulent encore dire quelque chose dans un environnement aussi a) aléatoire, b) irrationnel et c) imbibé de vilains mensonges qu’une campagne électorale en général, et présidentielle en particulier, il y aurait donc 38% d’électeurs français pour trouver le débat enthousiasmant et intéressant. Ils ont du mérite... Heureusement, en France il y a souvent un invité-surprise pour relancer la soirée. Quand on a de la chance, c’est Coluche, sinon le Front National s’y colle. Cette fois, après des mois de parlotes moroses, les Gentils Organisateurs devaient se demander si on ne pourrait pas éventuellement louer Berlusconi, qui ne sert plus beaucoup de l’autre côté, mais par chance une solution non mondialisée est intervenue in extremis le 1er février : pour marquer les vingt ans de la Confédération Paysanne, José Bové, l’éleveur de moutons du Larzac, l’artisan en origami sur documents militaires sensibles, le déménageur bénévole de MacDo’, le faucheur de marguerites bidouillées en labo, s’est lancé dans la bagarre ! Si une partie des 62% de spectateurs déçus ont pu sourire, voire offrir une tournée, les amateurs comme les pros du show politique doivent être moins amusés. Car avec ses airs de brave fermier à gilet et bacantes, Bové sort d’une famille de scientifiques reconnus, il a fait de tumultueuses mais bonnes études, il sait de quoi il parle pour avoir longtemps vécu aux États-Unis, et il est aussi matois qu’un porteur de MBA imaginé par Maupassant. En plus, il a deux caractéristiques agaçantes pour les autres candidats : il ressemble à l’oncle-de-province de la moitié des Français et il parle bien anglais ! Exactement ce qu’il fallait pour passer en vedette américaine avant ceux qui, c’est fatal, lui grilleront finalement les moustaches dans l’isoloir.

La Centrale, sinon rien
Or donc, le citoyen candidat Bové Joseph en a définitivement pris pour quatre mois ferme [les sept autres accusés ont décroché le sursis], suite à la moisson de plants génétiquement modifiés à Menville, en 2004. Moisson illégale – en dehors des heures ouvrables, hors tarif syndical, appartenant à un voisin etc – d’organismes qui ne l’étaient apparemment pas moins, mais dont les parrains, s’ils sont moins nombreux que ceux du leader paysan en campagne [environ deux cents], sont vraisemblablement plus fortunés. Ou en tout cas assez à l’aise pour financer sur leur argent de poche le marketing d’un candidat dont on peine à imaginer qu’ils partagent le moindre atome de conviction : à moins que, chez Monsanto, tous les OGM ne soient pas dans des éprouvettes, c’est un exemple vraiment exceptionnel d’impartialité démocratique ! Car, évidemment, cette condamnation tombe à pic, juste une semaine après l’annonce de Bové - on aurait voulu bricoler exprès le calendrier de la justice qu’on n’aurait pas pu faire mieux. D’autant que le plus célèbre moustachu de France [après Astérix, quand même] n’a pas raté l’occasion d’annoncer qu’il purgerait sa peine dans les règles : cellule, matons, parloir et gamelle, la taule grandeur nature quoi - et qu’on n’aille pas lui proposer de remplacer le folklore de Simonin par un bracelet électronique, ces menottes génétiquement modifiées !

Régime carcéral ou grève de la faim ?
Quand il annonce, au sortir tribunal, que « ce n’est jamais avec plaisir qu’on apprend sa condamnation à une peine de prison ferme », on croit volontiers José Bové sur le fond [il a déjà expérimenté, après l’affaire de destruction de documents militaires, puis celle du MacDo’], mais moins sur la forme, cette confirmation de sentence qui le déboute étant un joli tremplin malgré tout. Il ne lui a d’ailleurs pas fallu longtemps pour ajouter qu’il irait  en prison « la tête haute, car je me suis battu pour la démocratie. » Astérix aurait apprécié ! Et les journalistes, qui sont bien plus de 62% à trouver la campagne tristounette, de se frotter les mains : un libertaire exterminateur de maïs dopé qui fera campagne sur la paille humide des cachots, ça change ! Du coup, l’ombre du républicain irlandais Bobby Sands, légalement  élu au Parlement britannique en 1981 mais mort de faim dans les geôles de la Dame de Fer, plane sur les rédactions… Mais là, il ne faut pas rêver, Bové a beau ne pas s’empiffrer de hamburgers, il ne fait pas ascète non plus. Et comme il y a peu de risques que l’administration pénitentiaire ait investi dans le rata transgénique…. Dommage ! Mais que Bové garde courage, son engagement aura au moins offert à la campagne 2007 des vitamines naturelles bienvenues : les Gaulois qui résistent à la mondialisation agronomique fêteront de toute façon sa libération avec force cervoise bio et sangliers élevés au sol, et – promis – Sarkozy ne chantera pas…

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