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Or donc, voilà les finances de l’Oncle Sam mises à mal par des gens qui, sous prétexte qu’ils n’ont pas de sous, ne paient pas leurs hypothèques. Avec son air d’apocalypse en version populaire, la crise des subprimes secoue non seulement les États-Unis, mais tous les marchés boursiers par l’intermédiaire des fonds de placement. Quand les propriétaires sont expulsés, les gérants de fortune mettent la clé sous le paillasson…
Allez-y, on vous couvre !
« Je vis tellement au dessus de mes moyens » disait Oscar Wilde, « qu’eux et moi vivons pratiquement séparés ! » C’est également le cas, aux États-Unis, de millions de ménages aux faibles revenus qui, constatant comme les propriétaires vivaient heureux sans loyer, en ont déduit que l’achat de leur logement règlerait leurs problèmes. Raisonnement à la Gribouille qui va du simple particulier aux professionnels spécialisés dans les subprimes, ces hypothèques à risques dont les « vraies » banques ne veulent pas. Question : est-il sensé d’avancer le prix de sa maison à quelqu’un qui ne peut manifestement pas le rembourser, au lieu a) de la lui offrir, si on a le sens de l’aumône, ou b) de l’encourager à laisser tomber l’idée ? Réponse : et alors, si ça rapporte ? Le marché immobilier nord-américain étant en surchauffe depuis des années, l’usurier ne risquait pas trop puisqu’un insolvable pouvait revendre et rembourser. L’idée, étant que mieux valait - pour l’économie nationale comme pour le moral des troupes - payer sa maison en 1'398 mensualités tout en gardant de l’argent liquide pour la consommation courante, que d’immobiliser des sommes importantes durant des années de privations pour dire de payer une bicoque rubis sur l’ongle. Mais de telles opérations ne s’appellent pas « à risque » pour rien, et le taux de ces prêts – d’abord attirant, concurrence oblige, puis rapidement agressif - se calque sur les taux directeurs de la mythique Fed’, qui a allègrement sauté de 1 à 5,25% d’intérêts ces trois dernières années. Pas de chance, c’est justement à ce moment que les prix de l’immobilier sont revenus à un certain réalisme, rendant soudain insuffisantes les recettes d’une vente pour défaut de paiement. La bulle a éclaté, et les dominos ont chuté en cascade…
Eux y’en a vouloir des sous
S’il peut sembler à la simple ménagère que tout cela revient à gambader les yeux bandés dans un champ de mines, le financement des subprimes n’a pas manqué d’attirer la convoitise des fonds de placement. Les prêteurs-kamikazes ont en effet inventé un mot rigolo, la « titrisation », pour une opération qui consiste à transformer des créances foireuses en un instrument financier appétissant - quand tout va bien… Les fameux hedge funds en ont donc fait provision, sans toujours réaliser à quel point les titres en questions étaient liés aux crédits à risque. Mis en alerte par la faillite rapide de l’un des plus solides organismes de prêt, American Home Mortgage, les fonds de placements du monde entier ont immédiatement « gelé » ce type d’avoirs. Trop tard… La réaction en chaîne n’a pas tardé, les uns vendant fissa tout ce qui pouvait dégager des écus, au risque inévitable d’en faire baisser la valeur, tandis que les banques tournaient fourmis, refusant soudain d’avancer un sou à tout un pan de l’économie mondiale qui n’avait a priori rien à voir là-dedans, comme les prêts interbancaires et les fusions-acquisitions, et qui se retrouve lui aussi à sec, faisant le plongeon en compagnie des dominos susnommés. Le directeur de la Fed’ et Deubelyou lui-même ont eu beau faire les malins sur leur prétendue maîtrise de la crise, pour la première fois depuis le 11 septembre les analystes estiment que le risque majeur pour l’économie américaine n’est plus le terrorisme barbu, mais le surendettement et son impact sur l’ensemble des secteurs d’activité…
Ah, ces jeunes…
Après s’être vertueusement indignés que des établissements financiers américains s’en soient aller prêter de l’argent à des gens qui n’avaient pas les moyens de se le payer, les citoyens suisses viennent d’apprendre qu’un pauvre sur deux, dans leur pays de cocagne, avait moins de 25 ans. À l’âge où les autres vident leur petit cochon pour réaliser un rêve, des milliers de jeunes débarquent dans la vie pourris de dettes, et sans beaucoup d’amélioration en perspective. Les services sociaux concernés dénoncent en vain les facteurs amenant à cette triste situation : milieu défavorisé, famille monoparentale, éducation insuffisante, problèmes d’intégration, chômage, délinquance, dépendances etc. Cependant, force est de constater que, si c’est à cause de leur famille immigrée ou de leur maman lâchement abandonnée par un « blaireau » qu’ils sont indigents et sans formation, ce n’est pas pour cela qu’ils se retrouvent endettés… Mais bien plutôt – mis à part les problèmes de toxicomanies - pour des biens de consommation auxquels on prend grand soin qu’ils ne puissent pas résister. Croyez-le ou non, au pays de la prospérité propre en ordre, il y a des fournisseurs de téléphonie mobile, de voitures ou de scooters, de matériel informatique, d’accès aux sites de jeux d’argent, de fringues griffées, de plastic money, d’écrans plasma et même – même ! – des organismes de crédit qui encouragent l’engagement aveugle de leurs jeunes clients pourtant dépourvus de ressources : « Prenez donc ça, on verra après ! » Une mentalité de dealer ? Bon, c’est vous qui l’avez dit. Hypnotisés, les jeunes adultes sans revenus réguliers s’attachent ainsi consciencieusement une pierre après l’autre autour du cou - et coulent à pic. Il aura été tellement plus facile de leur faire dépenser l’argent qu’ils n’ont pas que de les équiper pour qu’ils en aient un jour… Cela ne dédouane en rien les irresponsables des prêts hypothécaires américains, mais ça pourrait inciter à ricaner moins fort. I
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Youssef Cassis, Editions Slatkine, Relié, 2006, 453 pages
Prix : CHF 79.00
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David Liss, Jean-Claude Lattès, Broché, 2005, 477 pages
Prix : CHF 39.20
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Jiahong He, Editions de l'Aube, L'Aube poche, Poche, 2006, 426 pages
Prix : CHF 17.60
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