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L’avenir politique du Liban en suspens


Aurélie Rasson
09 novembre 2007

Le Liban traverse une crise politique majeure depuis un an maintenant. Le mandat du président Emile Lahoud, à qui il est reproché d’être proche de la Syrie et de soutenir le Hezbollah, arrive à échéance fin novembre, mais les parlementaires n’ont toujours pas désigné son successeur faute de consensus sur un nom. L’unité du pays ne semble pouvoir être maintenue que par l’élection d’un président de compromis.


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Georges Corm, économiste et historien, ancien ministre des Finances du Liban, consultant auprès de divers organismes internationaux, professeur d'université et auteur de nombreux ouvrages sur le Moyen-Orient, nous donne son éclairage sur la situation.

Georges Corm, les élections présidentielles au Liban semblent devoir être à nouveau reportées, faute d'entente des deux tiers des députés sur un nom. Pouvez-vous nous décrire en quelques mots le contexte politique libanais actuel ?
Le contexte est très explosif depuis plus de deux ans. Cela est dû au désir américain, depuis l’invasion de l’Irak en 2003, de changer drastiquement la situation politique du Moyen-Orient. Il en résulte un activisme occidental peu commun dans la région dans l’espoir d’y réduire toute forme de résistance à cette politique, qu’il s’agisse de celle des États [Iran et Syrie] ou de celle des mouvements armés de résistance aux occupations israéliennes [Hezbollah libanais et Hamas palestinien] et américaines en Irak. Au Liban, cette politique a abouti, en avril 2005, à l’éviction de l’hégémonie syrienne qui pesait depuis longtemps sur le pays, ce qui a été une bonne chose. En revanche, elle a créé d’autres redoutables problèmes. D’abord la série d’assassinats politiques qui n’en finit plus, ensuite la guerre ravageuse de 32 jours que l’armée israélienne a menée l’été dernier au Liban pour tenter d’éradiquer le Hezbollah qui avait procédé à l’enlèvement de deux soldats israéliens, enfin l’installation d’un clivage profond dans l’opinion libanaise entre pro-occidentaux et anti-syriens d’un côté, et anti-occidentaux proches de l’axe irano-syrien, ainsi que les partisans d’une neutralité du gouvernement libanais dans le nouveau conflit d’hégémonie qui secoue la région entière, de l’autre.

Peut-on craindre une pression, voire une ingérence extérieure ?
La situation interne libanaise est en fait « internationalisée » depuis septembre 2004 à travers la série impressionnante de résolutions du Conseil de sécurité qui le concernent, dont certaines sont prises sous le chapitre VII de la Charte qui permet l’emploi de la force, notamment pour la création et le fonctionnement d’un futur tribunal à caractère international qui doit juger des auteurs des assassinats et attentats, dont en priorité celui qui a coûté la vie à l’ancien Premier ministre, Rafic Hariri. Par ailleurs, les dirigeants américains et européens ainsi que certains dirigeants arabes accordent presque quotidiennement et publiquement leur soutien au Premier ministre, Fouad Siniora, contesté par une large partie de l’opinion libanaise.

Quel est l'état d'esprit de la population? Quelles sont ses attentes?
La population vit depuis 2005 dans une anxiété très forte et la peur des attentats et d’une nouvelle guerre qui impliquerait le Liban de façon catastrophique. Beaucoup de Libanais émigrent, désespérés de voir un jour la situation de leur pays normalisée.

Où en est-on de la reconstruction suite aux événements de l'été 2006 ?
Elle est loin d’être achevée pour ce qui est des milliers d’habitations civiles détruites par l’aviation israélienne ou sérieusement endommagées. La bureaucratie de l’État est très lente. La reconstruction des quinze années de violences entre 1975 et 1990 n’est pas encore terminée, notamment pour ce qui concerne l’indemnisation des déplacés et de ceux qui ont eu leur habitation détruite durant cette période !

Quels sont les scénarios d'avenir possibles ? Qui pourrait être ce président de large rassemblement ? Que peut-il se passer si les députés ne parviennent pas à s'entendre d'ici la fin novembre ?
Le présidentiable qui aurait le plus d’autorité et pourrait amener l’apaisement est le général en chef de l’armée libanaise, Michel Suleiman, qui a su préserver jusqu’ici l’unité de l’armée et garder cette dernière loin de la querelle entre les deux camps politiques opposés. Il y a aussi l’ancien général en chef de l’armée, Michel Aoun, qui a autrefois, en 1984-85, défendu Beyrouth avec énergie en arrêtant la progression des forces de M. Jumblatt, chef de la milice druze, alors appuyé par l’armée syrienne ; il a vainement tenté par la suite de bouter l’armée syrienne hors du Liban, en 1989-1990, et a été exilé, de ce fait, à Paris durant quinze ans. Malheureusement, les États-Unis et la France s’opposent à sa candidature, car il ne fait pas partie des forces politiques locales qui condamnent sans recours le Hezbollah et réclament son désarmement et sa fusion immédiate dans l’armée libanaise. Les nombreux autres candidats civils n’ont pas vraiment de base populaire ou ne l’ont que dans une petite partie de la population.
Si le parlement ne parvient pas à voter dans les formes constitutionnelles [majorité des deux tiers au premier tour] et si l’étroite majorité parlementaire dont disposent les partis pro-occidentaux procède à une élection à la majorité simple [sans le quorum des deux tiers et l’approbation des autres parlementaires], nous courons vers l’achèvement de la désintégration constitutionnelle que nous vivons depuis l’internationalisation du pays, ce qui ne fera qu’accélérer le mouvement d’émigration hors du pays. Mais on peut espérer une entente de dernière minute devant la peur du chaos, comme on peut espérer en cas de paralysie constitutionnelle totale que les Libanais, assagis par l’expérience amère des violences de la période 1975-1990, refuseront de pratiquer à nouveau entre eux des violences collectives.
| AR  [Entretien du 7 novembre 2007].

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