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En livrant les membres d’un réseau pédophile, un journaliste passe pour une « balance ». Mais le confesseur qui ne le fait pas passe pour un complice…

L’émission Les infiltrés, sur France 2, suscite depuis ses débuts quelques remous, l’enquête en caméra cachée semblant mieux acceptée pour ridiculiser une célébrité, exercice divertissant mais socialement inutile, que pour saisir sur le vif et dénoncer : la télévision, devenue simple entonnoir à séries, paie le prix de sa médiocrité en essuyant les critiques à la moindre velléité de contenu. Le magazine, cette fois, a fait plus fort, contactant des réseaux pédophiles – et dénonçant les participants! La réaction ne s’est pas fait attendre : on a vertement honni ces brebis galeuses [les journalistes, donc, pas les pédophiles] qui bafouent le secret professionnel pour se faire auxiliaires de la police. Beurk, vade retro, et vive la sacro-sainte protection des sources ! Encore faudrait-il que ceux qui la brandissent comprennent d’où elle vient et à quoi elle sert…
Conçue pour assurer aux journalistes l’accès à des sources qui, sans garantie de protection et d’anonymat, ne se confieraient pas par crainte de représailles – politiques, pénales ou personnelles –, elle est un outil qui, paradoxalement, permet de révéler plus que de cacher. En France, « tout journaliste entendu comme témoin sur des informations recueillies dans l’exercice de son activité est libre de ne pas en révéler l’origine » ; en Suisse, le Code pénal [art. 28a] dispose que les professionnels de l’info « n’encourent aucune peine et ne font l’objet d’aucune mesure de coercition […] s’ils refusent de témoigner sur l’identité de l’auteur ou sur le contenu et les sources de leurs informations », mais cette liberté tombe si un juge estime que « le témoignage est nécessaire pour prévenir une atteinte imminente à la vie ou à l’intégrité corporelle d’une personne ». Cette restriction s’exprime en France de manière très précise : tout témoin d’actes délictueux envers un mineur est tenu pour complice s’il ne l’a pas dénoncé. Ce qui recoupe parfaitement l’option choisie par le journaliste Laurent Richard, dénoncer les pervers qui se vantent dans le reportage, et ce au fur et à mesure de l’enquête, pour tenter de parer à de nouveaux crimes. Difficile, quand on sait, de faire comme si on ne savait pas… Mais voilà, le journaliste est-il un citoyen comme les autres ?
Dans un monde où le moindre abonné aux réseaux sociaux persiste à déballer en 2.0 ses détails les plus intimes, il est étonnant et réjouissant que le public continue à accorder à l’étique journalistique une telle importance. L’omertà, cette gloriole de mafieux, devient dans la presse une qualité essentielle, garante de liberté et d’indépendance, faisant même du journaliste résistant aux pressions une sorte de Robin des Bois temporairement supérieur à ces-chacals-des-médias-qui-aiment-remuer-la-boue. En démocratie, on ne sache pas d’ailleurs que la protection des sources soit négociable, et c’est heureux. Faut-il alors faire exception à la déontologie pour certains sujets ? Les instances les plus nobles – dont le Conseil suisse de la presse – se sont prononcées : c’est non. Mais, souffle le patriarche Bernard Béguin, Journaliste, qui t’a fait roi ? Ni élu ni désigné, le journaliste ne l’est que par choix, à qui donc est-il redevable de comptes ? Et cesse-t-il en travaillant d’être un citoyen normal ? Traquer les réseaux pédophiles est certes la mission, laborieuse, de services de polices, voire d’ONG, dans l’ombre par nécessité, mais montrer la réalité et tenter de responsabiliser le public doit-il faire du journaliste un complice des abuseurs, ou des justiciers ?
Le tollé de la profession est certes plus épidermique qu’autre chose, mais à dire vrai il tombe mal, alors que la presse depuis des semaines farcit ses unes de scandales pédophiles dans l’Église, accusée de maintenir une chape de plomb sur les délits commis en son sein, et de protéger les coupables de la justice des hommes en sacrifiant les victimes au « secret professionnel », en l’occurrence celui de la confession. Le curé qui dénoncera une ouaille ou un collègue sera, lui aussi, davantage critiqué dans le « métier » pour son honnêteté que le coupable pour son crime : les journalistes ne pensaient peut-être pas être à ce point dans la même barque que leur sujet…
Journaliste, qui t’a fait roi ?, cours magistral donné par Bernard Béguin à l’Université de Neuchâtel en 1988, peut être lu intégralement sur http://www.archive.org/stream/JournalisteQuiTaFaitRoi/Beguin_journaliste_livre_djvu.txt
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Florence Aubenas, Seuil, Broché, 2005, 254 pages
Prix : CHF 30.00
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Edwy Plenel, Editions Galaade, Auteur de vue, Broché, 2009, 54 pages
Prix : CHF 12.80
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Marie-Monique Robin, Editions La Découverte, Broché, 2006, 334 pages
Prix : CHF 36.50
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Georges Fenech, L' Archipel, Broché, 2007, 190 pages
Prix : CHF 30.00
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Francis Ancibure, Marivi Galan-Ancibure, Dunod, Enfances, Broché, 2008, 214 pages
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