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Du papier plein les livres !


Joëlle Brack
12 décembre 2008

Avec le papier on peut faire beaucoup de choses qui ne sont pas des livres… mais en génèrent !


© Ed. de la Martinière

Avec sa farandole encore expérimentale de supports électroniques, l’édition numérique prépare les esprits au livre et au journal de demain, boîtier téléchargeable et indéfiniment réutilisable qu’on emportera partout et qui transformera n’importe quelle poche ou besace en bibliothèque d’Alexandrie. Finis l’odeur de l’encre, les marque-pages, le grain du papier, les articles dont le dernier paragraphe a sauté, les cahiers brochés la tête en bas, tout le folklore du canard et du bouquin… Mais pour le papier, pas de problème, les idées pour l’utiliser ne sont pas près de manquer ! La preuve ? Les livres en parlent !

Au jeu des petits papiers, les Japonais semblent les plus forts, mais l’art de plier un ticket de métro en fleur de cerisier est une passion qui aujourd’hui a fait le tour du monde ! Ramené de Chine, le pur orukami [art du pli] nippon est si ancien que certaines formes ne subsistent que par ouï-dire, le modèle du pliage en étant définitivement perdu : celui, mythique, de la « boîte de Pandore » a pourtant miraculeusement ressuscité il y a une quinzaine d’années seulement, grâce à un livre [bien sûr !] datant de 1732 dont les illustrations ont permis à un historien de l’origami de reconstituer le processus de sa création. Inversement, les sciences futuristes s’inspirent de l’ancestrale tradition, lui empruntant, par exemple, la technique de pliage des panneaux solaires sur les satellites ! Car le papier, capable de travailler à de formidables températures, n’a pas froid aux yeux : là encore, les artisans japonais ont su depuis longtemps développer des façons d’employer ce dont les imprimeurs ne voudront bientôt plus… L’art du raku, du nom de la famille de céramistes qui imposa ses techniques au XVIe siècle, est un grand papivore, tirant de la patiente carbonisation de déchets de papier la réaction chimique qui donnera aux céramiques craquelées leurs typiques reflets métalliques. L’opération se fait toujours dans un simple trou en terre, bourré de papier et recouvert de bois, mais aussi de couches de papier mouillé. Un antre infernal aux résultats impressionnants, qui délivre dans de lourdes volutes de fumée des pièces uniques, d’une splendide sauvagerie, que le Japon ancien réservait à la noble cérémonie du thé…

Plus directement impliqués dans le quotidien, les designers ont eux aussi trouvé dans le papier un matériau accessible et écologique : Olivier Leblois, créateur de mobilier contemporain, a lancé une gamme entière de meubles en carton ondulé, surpris du peu de cas qu’on fait de cette matière sur laquelle il se révèle intarissable dans Carton – à la fois catalogue, roman et essai philosophique. Pour emballer les meubles, le carton ? Sûrement pas ! Et Leblois de décliner la pâte couleur de miel en fauteuils Club, tables basses ou consoles, mettant par là même l’utilisateur au défi d’oser acheter, utiliser et surtout montrer ces meubles presque dérangeants… Plus affirmatifs encore, divers architectes n’ont pas hésité à intégrer le papier et le carton dans des réalisations monumentales qui défient allègrement le sens commun par le contraste entre la banalité éphémère des matériaux et leur usage intensif ! Si certains les ont utilisés de manière anecdotique, un nom domine largement le sujet, celui de l’architecte tokyoïte Shigeru Ban. Familier de l’impact des séismes sur l’habitat et les infrastructures, il a développé une « architecture de l’urgence » que sa collaboration avec le HCR n’a fait que conforter. Sa halle de carton, dont l’audace aérienne avait soufflé les visiteurs de l’Exposition universelle de Hanovre en 2000, n’était qu’un maillon d’une œuvre puissamment humaniste allant de l’église de papier de Kobé aux pavillons des camps de réfugiés au Rwanda, en passant par la Paper Arch du MoMa ou, l’été dernier, un pont de papier sur le Gard ! Innovante, gracieuse, mais surtout économique, pratique et respectueuse de l’environnement, l’architecture de Shigeru Ban retrouve donc tout naturellement le papier dans la très belle et intelligente monographie que lui a consacrée Matilda McQuaid, conservatrice au Museum of Modern Art de New York.

Le Palazzo Fortuny, à Venise, tout de pierre et de marbre, lui, semble toujours hanté par un inventeur de génie, Mariano Fortuny [1871-1949]. Artiste surdoué, ce Catalan touche-à-tout passa à la postérité pour ses étoffes aux motifs baroques, animées de plissés fous dont personne n’eut depuis le secret – sauf les artisans de son usine de la Giudecca qui, depuis un siècle maintenant, produisent toujours ces textiles uniques, pour la mode et les décorateurs… Quel endroit plus judicieux pour exposer les « Rêves de papier » d’Isabelle de Borchgrave ? La créatrice bruxelloise, elle aussi inventive dans plusieurs domaines, a littéralement explosé sur la scène internationale avec une fabuleuse collection de vêtements retraçant trois siècles de mode : présentée pour la première fois en France il y a dix ans, cette féerique rétrospective n’a depuis cessé de parcourir le monde, subjuguant les fashion victims les plus blasées. Car ce défilé très particulier… est entièrement réalisé en papier ! Attachée à Venise, Isabelle de Borchgrave était tout naturellement vouée à rencontrer le grand artiste sur son propre terrain : c’est ce qu’illustre « Rêves de papier »,  qui réinterprète les plus beaux modèles créés par Fortuny pendant les Années Folles ! Dans le Palazzo, une cinquantaine de vêtements de papier dansent une pavane silencieuse : longues tuniques fluides, robes du soir arachnéennes, caftans multicolores, et des plissés bien sûr, qui joignent à un réalisme confondant le charme étrange de la fibre de papier, gorgée de pigments ou divinement translucide… À peine remballé après huit mois de triomphe, le trésor est visible jusqu’au printemps prochain à Lyon – ou dans le catalogue de Rêves de papier, présentant chaque modèle dans son fastueux décor vénitien ! I

Et encore…


1)
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Jean-Charles Trebbi, Editions Alternatives, Broché, 2008, 142 pages
Prix : CHF 47.60
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

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2)
9782841567461.gif
Marie-Jeanne Lorenté, Editions du Rouergue, Broché, 2006, 173 pages
Prix : CHF 31.50
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

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3)
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Annie Schneider, Editions de la Martinière, Beau Livre, 2008, 239 pages
Prix : CHF 102.20
Disponibilité: Ouvrage indisponible

Lu et approuvé
4)
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Cédric Pollet, Les Editions Eugen Ulmer, Beau Livre, 2008, 190 pages
Prix : CHF 56.60
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

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SOLIDE
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Barbara Stoeltie, René Stoeltie
Prix: CHF 102.20

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Matilda McQuaid
Prix: CHF 120.40

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Olivier Leblois
Prix: CHF 50.20

FRAGILE
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Jacques Peiffer
Prix: CHF 50.90

9782080114754.gif
David Mitchell
Prix: CHF 36.80

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Marie-Hélène Reynaud
Prix: CHF 55.10