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Le petit monde des variétés romandes n’est pas si surbooké qu’une carrière de trente ans y passe inaperçue… Henri Dès, la star des enfants – mais pas seulement - invite tout son public à partager le gâteau d’anniversaire, mais aussi une biographie, un album BD et un enregistrement !

À dire vrai, il est injuste et ingrat de considérer le formidable parcours d’Henri Dès sur les trente dernières années seulement, ses premières armes datant de 1957 dans un concours de chanson au Café de Bourg ! Mais si Henri Louis Destraz, auteur-compositeur-interprète né natif de Renens [VD] en 1940, semble être tombé dans la marmite du show-biz dès avant le service militaire, et que son répertoire pour adultes a figuré à l’affiche de maints récitals romands ou parisiens [des faux-Nez à Bobino] durant une douzaine d’années, c’est effectivement en 1977 que décolle sa véritable carrière, celle qui fera la joie d’un public en culottes courtes et jupes plissées d’abord, puis en baby-jeans et mini-baskets aujourd’hui. Une vie en deux tranches donc, que deux ouvrages aussi différents que pétillants viennent raconter aux « petites Charlotte » et aux « petits Zinzin », mais aussi à leurs parents enchantés !
Né de père très connu
Si ce n’est pas la plus connue du public actuel, c’est surtout la première partie de la carrière d’Henri Dès que Pierrick Destraz a voulu explorer dans Du fils au père, la biographie gentiment acidulée qu’il vient de publier aux Éditions Favre. Celle des années 1965-1975, de Lausanne à Paris, et même un peu avant : en fait, cette « grande gueule » gouailleuse de Destraz, batteur de rock et animateur sur Couleur 3, a voulu connaître la vie de son papa, héros admiré mais souvent absent pour qui il a eu, son enfance durant, l’impression de ne pas tellement compter… L’humour en bandoulière mais la sensibilité à fleur de peau, le fils devenu adulte est parti à la rencontre de son père. Bardés l’un de sa fausse froideur bourrue et l’autre de son mordant faussement iconoclaste, les Dès père et fils se sont rejoints au carrefour d’un texte sincère, allègre pour la forme mais généreux dans le fond, qui retrace une vie professionnelle et une vie privée inextricablement mêlées, pour le meilleur et pour le pire. On devine que Pierrick a dû pas mal secouer Henri pour en faire tomber les confidences, la faute, comme il le dit joliment, à « cette façon un peu surnaturelle et déroutante que tu as de tout survoler sans trop t’impliquer… » Avec un talent de vrai animateur de radio, à la fois pour rendre justice à des titres moins répandus et se mettre à l’abri de la sensiblerie filiale, il a accompagné l’ouvrage d’un CD reprenant huit chansons « pour adultes », la première étant significativement J’avais un enfant et la dernière Quand on revient d’ailleurs… Ni encensoir ni règlement de comptes – un équilibre rarissime dans le milieu du spectacle ! – cette biographie à deux voix se lit d’une traite avec un vif plaisir, l’ironie et le détachement venant à bout des souvenirs les plus déplaisants. Avec, à la clé [de sol] cette réjouissante conclusion que ces deux-là se sont retrouvés et, littéralement, reconnus !
Paroles et dessins
Les chansons dont s’empare Henri Dès, chansons en BD, qui paraît simultanément chez Delcourt, n’ont, elles, nul besoin d’être « reconnues » : on les apprend au jardin d’enfant et on les reprend aux banquets de noces d’or ! Les douze titres élus figurent évidemment parmi les plus célèbres, et ont inspiré des dessinateurs qui s’en sont donné à cœur joie : très « BD » pour certaines [Quand j’étais bébé petit de Larbier et Dérian, Drôle de p’tit jus de Hendricks et Masson], les planches flirtent au gré des titres avec d’originales illustrations pour livres d’enfants [Les loups de Loyer, le délicieux Petit chemin de Cécile Chicault], l’animation [Chanson pour mon chien pixellisée par Nesme], ou le manga [L’ogre vu par Guilloteau et Leveille]. Signe de la formidable vitalité de ces chansons, certaines ont même inspiré aux dessinateurs une deuxième histoire, parallèle aux paroles, qui leur donnent une profondeur et une émotion aussi remarquables qu’inattendues : ainsi Papa va pas vouloir de Yann Dégruel, au magnifique graphisme, et le très fort Une marguerite imaginé par Malika Fouchier et Le Gohan. Le tout introduit par une planche-hommage signée Zep qui en dit long sur l’importance d’Henri Dès dans la vie culturelle des enfants ! Et puis, même si l’intéressé rime en préface « C’est peu dire que je suis content/De voir pour une fois mes petites chansons/Plutôt que de n’en entendre que le son », il serait dommage de saluer trente ans d’une telle carrière sans s’en mettre plein les oreilles ! Alors, pour que la fête soit complète, les Éditions du Mille-Pattes ont préparé un Gâteau, soit – comme son nom ne l’indique pas – un coffret de deux CD avec livret qui proposent aux artistes en herbe une version « karaoké » de chaque titre, pour se le chanter tout seul avec accompagnement d’orchestre, comme un vrai ! Franchement, vous pensiez vraiment qu’Henri Dès allait célébrer son anniversaire tout seul ? I