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C’est un roman de Brigitte Giraud, Pas d’inquiétude, qui en 2011 a popularisé une belle idée dont les députés français viennent de faire une loi ! !

C’était à la Rentrée littéraire de l’automne 2011, ce moment terrible et merveilleux où un roman peut se faire un chemin vers la notoriété – ou disparaître, englouti par la « marée blanche »… Pas d’inquiétude, le dernier roman de Brigitte Giraud, a fait partie des premiers. D’abord parce qu’il est bien écrit, original, prenant et que, la dernière page tournée, il continue à vivre dans l’esprit du lecteur à travers une question : « Et moi, est-ce que je le ferais ? ». Ensuite parce que son intrigue va se matérialiser par le truchement d’une loi, dont l’intitulé austère (don anonyme de RTT) dit peu la générosité...
« Je », « ma femme » et leurs enfants Mehdi et Lisa réalisent enfin leur rêve : emménager dans un pavillon avec jardin, être chez eux, libres, heureux. Mais Mehdi se révèle alors atteint d’une grave maladie : pour le soigner, ses parents doivent s’organiser, utilisant d’un coup tous leurs congés. Mais en dépit des encouragements du médecin (« Pas d’inquiétude ! ») cela ne suffit pas, le traitement est lourd et leur présence indispensable. C’est alors que les collègues de l’imprimerie où travaille « Je » le convoquent pour lui faire part, au court d’une scène rugueuse et touchante, de leur décision : ils lui offrent leurs jours de RTT (récupération du temps de travail, le congé issu de la semaine de 35 heures) pour qu’il puisse rester avec son gamin. Avec une sobriété que l’émotion brise par instant, Brigitte Giraud s’est glissée dans la peau d’un homme qui, bien qu’anéanti, se sent obligé de faire bonne figure pour rassurer sa famille, en proie au doute envers la médecine mais contraint d’y croire, un homme aussi qui, face au contraste entre la froideur des institutions et la solidarité de ses collègues, est miné par la mauvaise conscience de ne jamais pouvoir rendre ce qu’il lui a été permis de recevoir.
Au-delà de l’angle et du style qui font le roman, se situe un scénario authentique dont l’auteure s’est inspirée : les généreux « donateurs » remerciés de manière cryptée à la fin du roman sont ceux des usines d’eau minérale Badoit, en Rhône-Alpes, qui ont aidé Christophe et Lydie Germain en 2009. Une réponse exceptionnelle à un problème qui, hélas, ne l’est pas, et a incité un député de la région à monter au créneau pour faire inscrire dans la loi ce qui avait été une offre spontanée. Pas d’inquiétude n’a donc pas lancé l’idée, mais il lui a clairement servi de caisse de résonnance, amplifiant dans l’opinion publique l’effet d’une réflexion et préparant ainsi le terrain au vote, six mois plus tard, d’une loi permettant à des salariés d’offrir anonymement un ou plusieurs jours de RTT à un parent en détresse. Les deux types d’opposition (la droite inquiète de la difficulté d’application en entreprise, la gauche choquée que les privés doivent assumer une assistance qu’elle estime du ressort de l’État) n’ont pas eu gain de cause, et le texte a été voté le 25 janvier 2012.
Dans les grandes entreprises, « riches » en RTT par le nombre d’employés, on ne se connaît pas forcément assez pour s’investir, alors que dans les petites structures, où les congés sont précieux, on est au contraire proches et plus facilement concernés : l’équilibre des chances se fera sans doute naturellement, soutenu de manière inavouée par le soulagement de « payer » par quelques jours de travail supplémentaires, le « droit » de ne pas vivre le calvaire des familles touchées. Mais, surtout, le don légal de RTT restera, comme son nom l’indique, volontaire, et anonyme : le sens de la solidarité n’entre dans aucun alinéa juridique. Mais très facilement dans un paragraphe de roman ! I

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Brigitte Giraud, Stock, Broché, 2011, 265 pages
Prix : CHF 38.50
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