|
| ||
Le Prix Goncourt de la nouvelle 2011 a été attribué le 3 mai à l’écrivain suisse Bernard Comment pour son récent recueil Tout passe.

Romancier, éditeur au Seuil, essayiste, scénariste, traducteur, secrétaire de la Fédération suisse des joueurs de football [!], directeur de la fiction à France Culture, révélateur des talents littéraires de Marylin Monroe et, aujourd’hui, Prix Goncourt de la nouvelle 2011 : la carte de visite de l’écrivain jurassien Bernard Comment ne cesse de s’allonger et de s’ennoblir ! Et de la plus éclatante façon, puisque c’est à l’unanimité que le jury, qui accueillait pour la première fois Régis Debray, a élu Tout passe, publié il y a moins d’un mois chez Bourgois. Bernard Comment rejoint ainsi Jacques Chessex, jusqu’ici seul citoyen helvétique – et rarissime étranger – distingué par l’illustre Académie. Selon la tradition, le Prix lui sera remis en septembre à Strasbourg.
Tout passe, qui réunit neuf textes, a la densité austère que l’on attend – pourquoi, d’ailleurs ? – d’un écrivain jurassien, et la fluidité sobrement allègre de qui maîtrise tous les styles et en joue, tel un pianiste effleurant quelques touches pour un arpège, une ritournelle ou deux mesures de jazz, sans insister, pour savoir que ses doigts le servent toujours aussi bien. À peine cinquantenaire, Bernard Comment s’offre là un magnifique choix de personnages plutôt mûrs, ou du moins sur la touche, arrivés à l’étape d’un certain bilan. Car « tout » ne passe pas, et qu’il s’agisse de souvenirs, d’héritage matériel ou intellectuel, d’amour, de réputation, le souci de deviner, ou organiser, ce qui restera peut-être traverse fugacement les pages. Certains, comme cet énergique centenaire réglant de manière surprenante sa confortable succession, espèrent tirer les ficelles jusqu’au bout ; d’autres, comme cette femme diluant discrètement passé et avenir dans l’alcool et les médicaments, ont abandonné la lutte… Mais pas tous : ainsi, philosophe sans amertume, l’entraîneur d’une équipe de foot [on en revient toujours à ses amours !] qui, conscient de sa vanité, abandonne ses joueurs en plein match de championnat pour s’offrir une balade nostalgique – et puis, clin d’œil plein d’humour et de tendresse, il y a ce vieil auteur un peu oublié, libre à chacun de le reconnaître, qu’un journaliste en mal de copie surprend aux prises avec un drôle de bidouillage de ses manuscrits « pour faire plaisir à l’éditeur » ! Et même une petite charge contre le livre numérique, qu’on sera bien en peine de lire à la chandelle les soirs de panne d’électricité…
Recevant récemment un journaliste de L’Illustré en sa bonne ville de Porrentruy, à laquelle ce parisien d’adoption reste très attaché, Bernard Comment s’avouait excité par l’idée de figurer parmi les sélectionnés du Prix Goncourt de la nouvelle, dont il admettait sans fausse modestie qu’il lui ferait bien plaisir. Mais, soulignait-il, « je ne m’en sentirais pas meilleur écrivain ». Il n’a, en effet, plus rien à prouver. I