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Lire sur la plage, un plaisir incomparable même pour les cinéastes : pour la soixantième édition du plus célèbre festival du monde, six d’entre eux présentent à Cannes une adaptation de roman !

Symbole absolu du 7e Art, mais aussi de la frivolité et des excès, Cannes fête son soixantième anniversaire avec faste et folies, mais aussi avec une sélection appétissante qui réunit son quota - et un peu plus - de grands noms comme de débuts prometteurs – après tout, un tel événement se doit non seulement de sacrer les talents d’aujourd’hui mais aussi de diriger le projecteur sur ceux de demain ! Or, est-ce pour « faire sérieux » en une si brillante occasion ? Toujours est-il que pas moins de six des films en compétition pour l’édition 2007 sont adaptés de romans.
Pulitzer et tapis rouge
Avec un peu de chance, c’est donc un écrivain qui remportera plus ou moins directement le Prix du Scénario… et peut-être même un écrivain vivant, car les choix des cinéastes ont été très contemporains ! Les mieux placés de ce point de vue sont évidemment Lee Chang-Dong et Marjane Satrapi, auteurs eux-mêmes. La philosophie du cinéaste sud-coréen est cependant particulière : s’il écrit bien le scénario et les dialogues de ses films, il refuse de les publier, comme d’adapter ses propres romans au cinéma, « pour ne pas faire deux fois de suite le même travail » ! C’est donc à l’écran seulement que l’on découvrira Secret Sunshine, l’histoire bouleversante d’une jeune veuve qui essaie de reconstruire sa vie avec son petit garçon mais semble poursuivie par le malheur. Marjane Satrapi, au contraire, a directement puisé dans la matière première de sa bande dessinée Persepolis, dont l’originalité graphique et thématique a fait le remarquable succès, pour un film d’animation fortement marqué par sa double culture iranienne et française. Joel et Ethan Cohen, eux, ont préféré se baser sur le roman d’un autre, mais bien leur en prit puisque, à peine No Country for Old Men achevé, les deux cinéastes américains voyaient leur scénariste Cormac McCarthy récompensé du Prix Pulitzer pour son nouveau roman [The Road, Picador UK, 2006 ], ce qui rassure certainement au moment de franchir le fameux perron de Cannes ! Bien que « rassurant » ne soit pas vraiment le mot qui vienne à l’esprit en considérant la cavale sanglante qui rythme Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme, western du XXIe siècle aux héros violemment déjantés…
Suspens et sulfure
Question hémoglobine, David Fincher n’a pas choisi non plus la sobriété : Zodiac reprend l’enquête menée par Robert Graysmith – qui paraît en même temps - sur la meurtrière série de crimes [37 !] qui empêcha San Francisco de dormir à la fin des années soixante. Jamais résolue jusqu’ici, l’enquête pourrait bien avoir trouvé sa conclusion grâce à la ténacité d’une poignée de « mordus» ! Ténacité aussi, mais sur un ton très différent, avec l’adaptation du fameux Le scaphandre et le papillon, témoignage poignant et pourtant serein du journaliste Jean-Dominique Bauby, muré dans le silence absolu par le lock-in syndrom et qui, malgré tout, réussit à communiquer sa vitalité à travers un langage codé épuisant. Il sera difficile à Julian Schnabel de ne pas le trahir… Le risque est beaucoup moins grand pour Béla Tarr, qui avec L’homme de Londres de Simenon joue sur un scénario cousu main par un grand maître du suspens psychologique ! Le choix d’Hélène Breillat pour la Vieille maîtresse de Barbey d’Aurevilly est plus assuré encore, mais nul doute que cette sulfureuse histoire d’adultère-envoûtement revue par une cinéaste volontiers iconoclaste bouleversera quelques clichés sur le romantique XIXe siècle, entraînant fatalement l’intrigue vers une question très contemporaine sur les tenants et aboutissants de l’union conjugale et de la société qui va autour…
Retour aux sources
Une palette d’inspirations et de talents qui alimentera généreusement le débat sur l’adaptation de roman à l’écran : trahison pour certaines œuvres littéraires, révélation pour d’autres, qui ulcèrent certains scénaristes originaux au chômage mais enchantent les étudiants qui n’aiment pas lire… Question épineuse que cette édition du Festival de Cannes éclairera peut-être mais ne résoudra certainement pas – serait-ce souhaitable d’ailleurs ? Disons que le cinéma, depuis ses tout premiers pas, a compris que la littérature pouvait être à la fois son vivier, sa caution et son tremplin, et que si ça n’était pas le cas en plus d’un siècle on l’aurait remarqué ! On l’aura compris, il ne reste qu’une chose à faire : lire l’ouvrage original pour se forger une solide opinion - et préparer de bons sujets de querelle avec s amis, collègues ou… inconnus du Nord-Express !
| 1) |
Frédéric Mitterrand, Robert Laffont, Broché, 2007, 256 pages
Prix : CHF 35.60
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 2) |
Backstage, Editions Auzou, Broché, 2007, 339 pages
Prix : CHF 56.60
Disponibilité: Ouvrage indisponible
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| 3) |
Henry-Jean Servat, Filipacchi, Beau Livre, 2007, 183 pages
Prix : CHF 73.00
Disponibilité: Ouvrage indisponible
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